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En 2021, les Marocaines seules toujours interdites de séjour dans les hôtels

En 2021, les Marocaines seules toujours interdites de séjour dans les hôtels

Le mouvement « Hors la loi » a dénoncé une pratique courante chez plusieurs hôteliers au Maroc. Les femmes marocaines se voient interdites de séjour dans les hôtels de leur ville de résidence, et certains hôteliers justifient leur refus en invoquant « la loi ». Pourtant cette pratique abusive est anticonstitutionnelle. 

Le collectif appelant à l’arrêt de l’article 490 du code pénal criminalisant les relations sexuelles hors mariage, a soulevé encore une fois une pratique courante au sein des établissements hôteliers du Maroc bien qu’elle soit complètement irrationnelle et sans fondement juridique.

Plusieurs femmes marocaines ont témoigné sur les réseaux sociaux de leurs expériences rencontrées au moment de séjourner dans un hôtel de leur ville de résidence ou de la ville mentionnée sur leur carte d’identité. Qu’il s’agisse de motif professionnel, de travaux dans leur lieu de résidence, de cas de violences dans leur foyer, ou autres, les femmes ont de nombreuses raisons d’avoir recours, à un moment de leur vie, à séjourner dans un hôtel dans leur ville.

Pourtant, ce droit leur est refusé mais pas aux hommes. Pour avoir le « droit » de séjourner dans un hôtel de leur ville de résidence, ces femmes marocaines doivent être impérativement accompagnées, par un homme, selon les hôteliers qui leur refusent l’accès. Et dans ce cas, peu de choix se portent devant elles, cet homme doit être soit leur père, leur frère ou leur époux, en d’autres termes, les Marocaines sont toujours sous la tutelle d’un homme de leur famille en 2021 pour l’un des droits les plus basiques qui existent et pour un service qu’elle payent.

« Donc aujourd’hui au Maroc, une femme qui voudrait fuir un mari violent par exemple, ne pourrait pas trouver refuge dans un hôtel? », s’est interrogé un internaute dans les commentaires.

« Les femmes dans ce pays sont encore considérées comme des mineures ou des prostituées jusqu’à preuve du contraire! » s’est étonnée une autre internaute avant de demander si une femme qui n’a pas de mari, de père ou de frère est obligée de passer la nuit dans la rue?

Quelle base juridique?

« Il s’agit uniquement d’une note du ministère de l’Intérieur qui date depuis le temps des années de plomb et qui n’a jamais été annulée », a réagit Bouaza Kherati, le président de la Fédération marocaine du droit des consommateurs.

Expliquant le contexte dans lequel cette note a été introduite, le militant a affirmé que cette tendance de placer la femme sous tutelle de l’homme a été importée avec « les tribus arabes du temps des Mérinides pour arabiser le Maroc et c’est resté comme ça ». « Les Amazighs n’ont pas cette ségrégation, chez eux la femme est l’égale de l’homme », fait-il remarquer.

« C’est une ségrégation datant de temps révolus où le rôle de la femme était minimisé au sein de la société. Puis cela a été instrumentalisé à des fins politiques, mais maintenant est venu le moment d’abolir cette note », déclaré notre interlocuteur.

Déjà en 2014, le sujet a été soulevé par des femmes parlementaires qui ont interpellé l’ancien ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, lors d’une séance de questions-réponses à la Chambre des représentants.

« Les femmes et les hommes sont libres et égaux devant la loi. Je vous assure qu’il n’existe pas de circulaire à ce sujet », avait répondu le ministre. « Il s’agit peut-être d’un excès de zèle de la part de tenanciers d’hôtels », a-t-il jugé alors. Cinq plus tard, les témoignages de femmes ayant subi cet « excès de zèle » continuent de se faire nombreux.

Une pression qui vulnérabilise les femmes

« Ridicule », « grave », « scandaleux », autant d’adjectifs ayant dénoncé cette pratique anticonstitutionnelle, misogyne et discriminatoire, dans les réactions sur les réseaux sociaux. En effet, elle est anticonstitutionnelle puisque la Constitution de 2011 consacre l’égalité totale entre les hommes et les femmes.

Cette pratique utilisée par certains hôteliers qui perdure au Maroc en 2021 est d’autant plus grave car dans le cas de violences conjugales ou de foyer toxique, les femmes sont indirectement poussées soit à subir ces violences et à rester dans ce milieu abusif ou à passer la nuit dans la rue et faire face à d’autres types de dangers.

« C’est une pression pour que la femme soit toujours soumise à l’homme. Le mari, s’il sait que sa femme n’a pas de famille dans la ville où ils résident, il sait aussi qu’elle va passer la nuit dans la rue, et là, il y a des risques qu’elle soit agressée ou même violée », a indiqué Kherati.

Cette interdiction qui ne vise que les femmes, met aussi en relief une autre réalité sociale au Maroc, celle où les femmes non mariées qu’elles soient célibataires, divorcées ou veuves, sont jugées, discriminées, au quotidien dans la société, en plus de ne pas être considérées et respectées, notamment par les hommes.

« C’est de la discrimination pure et simple vis à vis de plus de 50% de la population marocaine », a tancé le président de la FMDC. « Nous en tant que Fédération marocaine des droits du consommateur, nous considérons qu’il s’agit d’une discrimination qui ne respecte pas la Constitution qui considère tous les citoyens comme égaux, ne respecte pas également le droit des consommateur. Pourquoi priver quelqu’un d’un service qu’il est capable de payer? », ajoute-t-il.

L’interdiction des femmes non accompagnées de loger à l’hôtel de leur ville de résidence, fait aussi l’affaire de certains hôteliers surtout dans les villes touristiques comme à Marrakech, selon lui.  « C’est un subterfuge utilisé par les hôteliers quand ils ont une demande croissante notamment lorsqu’ils ont des demandes d’étrangers. Ils éliminent par ce moyen les Marocains », estime-t-il, en soulignant le côté discriminatoire de cette pratique.

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