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Utilisation excessive des pesticides en agriculture : Quid du contrôle ?

  • L’utilisation intensive des pesticides en agriculture ne cesse de susciter le débat tant au niveau national qu’international
  • En mars dernier, la détection d’importantes traces de pesticides dans des oranges marocaines importées par les Pays-Bas avait défrayé la chronique


L’utilisation intensive des pesticides en agriculture ne cesse de susciter le débat tant au niveau national qu’international. Employés afin de protéger les cultures contre les parasites, les mauvaises herbes et les champignons, les produits phytosanitaires sont parfois utilisés de manière excessive et irraisonnée. 
 
En mars dernier, la détection d’importantes traces de pesticides dans des oranges marocaines importées par les Pays-Bas avait défrayé la chronique. En fait, ce n’est pas la première fois que le Maroc est sous le feu des projecteurs à cause d’un surplus de pesticides, puisqu’au cours de ces dernières années plusieurs incidents similaires ont été signalés.  
 
Il y a deux ans, précisément en avril 2021, les autorités de la République tchèque ont retiré du marché les poivrons d’origine marocaine importés d’Espagne, en raison d'une présence excessive de pesticides. Le même scénario s’est répété pendant cette même période en Allemagne, lorsque les autorités ont suspendu plusieurs lots de haricots verts en provenance du Maroc, après avoir détecté leur forte teneur en résidus de pesticides.
 
Afin d’éviter de telles situations et en vue de maitriser l’utilisation des produits phytosanitaires, le ministère de l’Agriculture multiplie les actions de prévention, de contrôle et de sensibilisation. Récemment, Mohamed Sadiki, ministre de l’Agriculture, des Pêches maritimes, du Développement rural et des Eaux et Forêts, a affirmé en réponse à une question posée au Parlement que l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a retiré du marché marocain plus de 300 marques de pesticides nuisibles à la santé humaine et animale. 
 
Cette nouvelle certainement rassurante pour les consommateurs n’est pas tout à fait au goût des agriculteurs. «Ce qu’on regrette en tant qu’agriculteurs est que l’ONSSA a pris les devants en retirant beaucoup plus que ce qu’il fallait. Au Maroc, on est devenu tellement frileux qu’on a commencé à retirer des produits dont l’utilisation est toujours autorisée en Europe. Dès qu’une marque de pesticide est placée sous surveillance en Europe, l’ONSSA procède directement à son retrait du marché national avant même que cette décision ne soit prise ailleurs», regrette Rachid Benali, vice-président de la Confédération de l'agriculture et du développement rural (Comader).
 
En effet, plus de 1.000 produits phytosanitaires à usage agricole sont autorisés au Maroc. Par rapport à d’autres pays, Rachid Benali estime que l’utilisation des pesticides au Maroc est loin d’être excessive.
 
«Concernant le marché local, l’utilisation de ces substances reste très minime comparativement au reste du monde, particulièrement au niveau des produits de consommation quotidienne tels que les céréales ou encore les olives. Pour ce qui est de l’export, celui-ci est traité dans les règles de l’art puisque l’utilisation des pesticides est très contrôlée que ce soit par Morocco Foodex ou par les importateurs, donc la possibilité d’avoir des dérapages reste très faible», précise-t-il.  
 
Et de poursuivre que «le secteur souffre plutôt d’une utilisation de pesticide que l’on pourrait qualifier de mauvaise et non pas excessive. Les petits agriculteurs sont souvent mal conseillés par les vendeurs. Par conséquent, ces cultivateurs utilisent des pesticides qui ne sont pas homologués pour certaines cultures et dans des zones géographiques inadéquates». 
 
De son côté, Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), dénonce l’anarchie qui règne dans le commerce des produits phytosanitaires. 
 
«Là où le bât blesse, c’est la commercialisation des pesticides. Au Maroc, ces substances sont vendues au niveau des souks et même dans les drogueries et la personne en charge de la vente n’a aucune connaissance des risques que ces produits peuvent présenter pour la santé du consommateur. Face à cette situation, la Fédération a suggéré à l’ONSSA la promulgation d’une loi exigeant un BAC + 5 pour toute personne souhaitant commercialiser les produits phytosanitaires. La vente des pesticides ne doit pas être confiée à des personnes qui n’ont aucune conscience du danger que présentent ces substances», insiste-t-il. 
 
Outre la vente, Bouazza Kherrati indique qu’on peut relever plusieurs problèmes au niveau de l’utilisation des pesticides. Tout d’abord, «les délais avant récolte (DAR) ne sont pas respectés par certains agriculteurs ce qui veut dire que des résidus de produits phytosanitaires peuvent se retrouver dans ces productions», précise-t-il avant d’ajouter que plusieurs cultivateurs ne respectent pas le dosage. 
 
«Certains agriculteurs pensent qu’en concentrant les pesticides, les résultats obtenus seront meilleurs. Et pour couronner le tout, en ce qui concerne les produits frais, le contrôle n’est pas obligatoire. Alors que les produits exportés subissent un double contrôle, celui de l’ONSSA et celui de Morocco Foodex, les produits vendus au Maroc ne sont pas systématiquement contrôlés», déplore-t-il.

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